Un esprit paternel habite dans les choses
Et s'attache à nos coeurs par des liens secrets,
Le poète comprend l'énigme des forêts.
Il sait quel flot divin ensanglante les roses.
Gardant le culte de la Vie et des Dieux morts,
Il écoute chanter l'âme éparse du monde.
L'universel amour et sa beauté féconde
Palpitent à travers ses rythmes doux et forts.
Et, parfois, comme Orpheus endormi sous les hêtres,
Dans l'ombre du grand ciel où monte son désir,
Il entend lui parler, plus vague qu'un soupir,
Ta voix, ô Déméter, source et tombeau des êtres.
Lannemezan, avril 1877
Laurent Tailhade (1854-1919)
Poésies posthumes, 1925
Par Olivier Cousin
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Voyelles
Je ne sais pas qui je suis
la fresque des rêves de la nuit
la somme des poèmes de ma vie
mon avenir n'est qu'un sursis.
Je suis née a contrario
j'étouffe in vitro
je pense, je crée ex nihilo
mon désarroi va crescendo.
Parfois je chante a capella
j'ai cessé de parler ex cathedra
j'espère a minima
je me bats contres les aléas.
J'ai beaucoup lu
je monte le poème à cru
le mensonge me tue
je ne suis bien que dans les nues.
Eve Lerner, Journal de Bretagne
Ceci n'est pas un poème
(L'Autre Rive, 2008)
Par Olivier Cousin
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A un sien ami
Si jamais gentilhomme ait eu part aux malheurs,
C'est moi qui n'eus jamais que misère et que larmes,
J'aime à vivre paisible, et faut suivre les armes,
J'aime à vivre gaillard, et faut vivre en douleurs.
J'aime acquérir honneur, et cèle mes valeurs,
J'aime en sûreté dormir, et n'ois toujours qu'alarmes,
J'aime à voir la vertu, et ne vois que gendarmes,
J'aime à faire la guerre, et ne vois que voleurs :
J'aime à voir mon pays, et misérable j'erre,
Par divers temps et lieux, en une longue guerre.
Je n'aime l'ignorance, et faut l'ouïr habler.
J'ois mil maux, et voudrais plus sourde avoir l'oreille,
Je n'aime le pillage, et s'il me faut piller,
Tandis, je fais des vers, dont chacun s'émerveille.
Jean de La Taille (1540-1608)
Oeuvres poétiques
Par Olivier Cousin
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Mon Pégase, doux et docile,
Ne m'égare pas dans les airs ;
J'aime mieux la clarté facile
Des modestes et petits vers,
Que la pompe inintelligible
D'un sublime rempli d'éclairs,
Qui, par une fougue terrible,
Sème l'effroi dans l'univers,
Et qui, dans l'ardeur qui l'excite,
Confondant la terre et les mers,
Roule à grand bruit, et précipite
Le bon sens au fond des enfers.
Charles-François Panard (1694-1765)
Oeuvres diverses, 1763
Par Olivier Cousin
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Self-défense
Dru le corps
craquant le coeur
ahan le jour
les poings dedans
je défends ma peau
rien que ça
ma peau de peau
c'est bien assez
il me semble
pour commencer
allez-y voir après
garanti
je bêle à la mort
Gaston Miron (1928-1996)
L'homme rapaillé, 1970
Presses de l'Université de Montréal
Par Olivier Cousin
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I am the Poet Davies, William
I am the Poet Davies, William,
I sin without a blush or blink :
I am a man that lives to eat ;
I am a man that lives to drink.
My face is large, my lips are thick,
My skin is coarse and black almost ;
But the ugliest feature is my verse,
Which proves my soul is black and lost.
Thank heaven thou didst not marry me,
A poet full of blackest evil ;
For how to manage my damned soul
Will puzzle many a flaming devil.
William Henry Davies (1871-1940)
Collected poems, 1943
Par Olivier Cousin
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Du
alors quand le temps est à la pluie
c'est-à-dire presque tout le temps
je m'enferme au grenier
au pied du pignon celui qui reste
à terminer je taille des chevrons
aux dimensions voulues
je dis au fils
de venir me parler.
Thierry Le Pennec (né en 1955)
Nono
éd. La Part Commune, 2009
Par Olivier Cousin
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La pluie avait parlé
Comme dans un bréviaire
Les taches de misères
Etaient toutes perlées
La pluie avait dansé
Comme un bel ours de verre
Je bus son vin amer
Sur les toits bleus mouillés
Le spectre de le pluie
Est beau quand il s'enfuit
L'écho le peuple en vain
Belle pluie, douce pluie
Je t'attendrai demain
Si je meurs - d'Ennui
Tchicaya U Tam'si (1931-1988)
Le mauvais sang
éd. Caractère, 1955
Par Olivier Cousin
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A la lune
O bel oeil de la nuit, ô la fille argentée,
Et la soeur du Soleil et la mère des mois :
O princesse des monts, des fleuves, et des bois
Dont la triple puissance en tous lieux est vantée.
Puisque tu es, Déesse, au plus bal Ciel montée,
D'où les piteux regrets des amants tu reçois,
Dis, Lune au front cornu, as-tu vu quelquefois
Une âme qui d'Amour fût si fort tourmentée ?
Si doncques ma douleur vient ton coeur émouvoir,
Tu me peux secourir, ayant en ton pouvoir
Des songes emplumés la bande charmeresse.
Choisis l'un d'entre nous qui les maux d'un amant
Sache mieux contrefaire, et l'envoie en dormant
Représenter ma peine à ma fière maîtresse.
Jean Passerat (1534-1602)
Recueil des oeuvres poétiques de Jan Passerat, 1602
Par Olivier Cousin
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