Au siècle des Lumières, les poètes écrivaient des vers luisants.
Auguste Derrière
Les Moustiques n'aiment pas les applaudissements
(Le Castor Astral, 2009)
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oliviercousin
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uns et des autres... poèmes et poètes à (re)découvrir
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Au siècle des Lumières, les poètes écrivaient des vers luisants.
Auguste Derrière
Les Moustiques n'aiment pas les applaudissements
(Le Castor Astral, 2009)
Les murs
Quelquefois, je suis si bien réveillé que les murs me crèvent la vue.
Des tours de murs, des rues de murs, des blocs, des pans, des amoncellements de murs hypocrites
Que l'on vous présente sous les trente-six formes,
Que l'on décore des noms les plus rassurants
du monde.
Or, je sais qu'on ne les bâtit pas pour me défendre ni m'enfermer
Ni pour me faire non plus la vie belle.
Quand ils pèseront assez lourd sur la terre
où je marche,
Elle trébuchera sous mes pieds comme un plateau de balance
Et le procès sera jugé.
Mais je n'ai pas envie de crier au secours.
Il faudrait d'abord savoir ce qu'il y a
sur l'autre plateau.
Ar mogeriou
Ken dihun krak emon awechou ma tarz ar mogeriou ma daoulagad din.
Touriou mogeriou, strêjou mogeriou, tolzennou, pennadou, berniou mogeriou souch
A vez kinniget dindan ar seiz stumm war n'ugent,
A vez fichet gand anoiou ar bed ar re zinehusa,
Hogen, gouzoud a ran n'o saver ket d'am divenn
ne d'am baha
Na din da gas c'hoari gaer kennebeud.
Pa vo ganto pouez awalh ouz an douar
ma valean warnañ,
Hemañ a dreuzo dindan ma zreid
evel eur bladenn-valans
Ha barnet brao ar prosez
N'em-eus ket c'hoant, avad, da choual forz d'am buez.
Dao vefe gouzoud araog petra zo er bladenn all.
Pierre-Jakez Hélias (1914-1995)
La pierre noire / Ar mên du
éd. Hallier/P.J. Oswald, 1976
A un poète ignorant
Qu'on mène aux champs ce coquardeau,
Lequel gâte (quand il compose)
Raison, mesure, texte et glose,
Soit en ballade ou en rondeau.
Il n'a cervelle ne cerveau.
C'est pourquoi si haut crier j'ose :
Qu'on mène aux champs ce coquardeau.
S'il veut rien faire de nouveau,
Qu'il oeuvre hardiment en prose
(J'entends s'il en sait quelque chose) :
Car en rime ce n'est qu'un veau,
Qu'on mène aux champs.
Clément Marot (1496-1544)
L'Adolescence clémentine, 1532
Un esprit paternel habite dans les choses
Et s'attache à nos coeurs par des liens secrets,
Le poète comprend l'énigme des forêts.
Il sait quel flot divin ensanglante les roses.
Gardant le culte de la Vie et des Dieux morts,
Il écoute chanter l'âme éparse du monde.
L'universel amour et sa beauté féconde
Palpitent à travers ses rythmes doux et forts.
Et, parfois, comme Orpheus endormi sous les hêtres,
Dans l'ombre du grand ciel où monte son désir,
Il entend lui parler, plus vague qu'un soupir,
Ta voix, ô Déméter, source et tombeau des êtres.
Lannemezan, avril 1877
Laurent Tailhade (1854-1919)
Poésies posthumes, 1925
Voyelles
Je ne sais pas qui je suis
la fresque des rêves de la nuit
la somme des poèmes de ma vie
mon avenir n'est qu'un sursis.
Je suis née a contrario
j'étouffe in vitro
je pense, je crée ex nihilo
mon désarroi va crescendo.
Parfois je chante a capella
j'ai cessé de parler ex cathedra
j'espère a minima
je me bats contres les aléas.
J'ai beaucoup lu
je monte le poème à cru
le mensonge me tue
je ne suis bien que dans les nues.
Eve Lerner, Journal de Bretagne
Ceci n'est pas un poème
(L'Autre Rive, 2008)
A un sien ami
Si jamais gentilhomme ait eu part aux malheurs,
C'est moi qui n'eus jamais que misère et que larmes,
J'aime à vivre paisible, et faut suivre les armes,
J'aime à vivre gaillard, et faut vivre en douleurs.
J'aime acquérir honneur, et cèle mes valeurs,
J'aime en sûreté dormir, et n'ois toujours qu'alarmes,
J'aime à voir la vertu, et ne vois que gendarmes,
J'aime à faire la guerre, et ne vois que voleurs :
J'aime à voir mon pays, et misérable j'erre,
Par divers temps et lieux, en une longue guerre.
Je n'aime l'ignorance, et faut l'ouïr habler.
J'ois mil maux, et voudrais plus sourde avoir l'oreille,
Je n'aime le pillage, et s'il me faut piller,
Tandis, je fais des vers, dont chacun s'émerveille.
Jean de La Taille (1540-1608)
Oeuvres poétiques
Mon Pégase, doux et docile,
Ne m'égare pas dans les airs ;
J'aime mieux la clarté facile
Des modestes et petits vers,
Que la pompe inintelligible
D'un sublime rempli d'éclairs,
Qui, par une fougue terrible,
Sème l'effroi dans l'univers,
Et qui, dans l'ardeur qui l'excite,
Confondant la terre et les mers,
Roule à grand bruit, et précipite
Le bon sens au fond des enfers.
Charles-François Panard (1694-1765)
Oeuvres diverses, 1763
Self-défense
Dru le corps
craquant le coeur
ahan le jour
les poings dedans
je défends ma peau
rien que ça
ma peau de peau
c'est bien assez
il me semble
pour commencer
allez-y voir après
garanti
je bêle à la mort
Gaston Miron (1928-1996)
L'homme rapaillé, 1970
Presses de l'Université de Montréal
I am the Poet Davies, William
I am the Poet Davies, William,
I sin without a blush or blink :
I am a man that lives to eat ;
I am a man that lives to drink.
My face is large, my lips are thick,
My skin is coarse and black almost ;
But the ugliest feature is my verse,
Which proves my soul is black and lost.
Thank heaven thou didst not marry me,
A poet full of blackest evil ;
For how to manage my damned soul
Will puzzle many a flaming devil.
William Henry Davies (1871-1940)
Collected poems, 1943
Du
alors quand le temps est à la pluie
c'est-à-dire presque tout le temps
je m'enferme au grenier
au pied du pignon celui qui reste
à terminer je taille des chevrons
aux dimensions voulues
je dis au fils
de venir me parler.
Thierry Le Pennec (né en 1955)
Nono
éd. La Part Commune, 2009