Toi soleil coureur essoufflé
couché bouche à bouche sur les eaux
sur la mer ouverte à tous vents
la barque de nos mains dérive
or fumé, brûlé des visages
dans la pénombre des années
gardant au-dedans ses lueurs -
musique
nos doigts raclent
des cordes invisibles
dans la lumière dissoute
chaude étoffe arrachée
à l'hiver -
Lorand
Gaspar
Patmos et autres poèmes
(Gallimard, 2001)
par Olivier Cousin
publié dans :
Poèmes des uns
0
recommander
La
sécurité
Les craquements des meubles ne pouvant
suffire à l'occuper le long du temps
(car depuis toujours il attend
ce qui ne doit jamais paraître)
il s'assit près de la fenêtre
comme un homme qui veut méditer
et, sans objet, commença de compter.
Mais en entrant dans le nombre un million
huit cent soixante-quatre mille,
il s'arrêta et, poussant un soupir profond,
contempla les toits de la ville.
Jean Tardieu (1903-1995)
Accents, 1939
par Olivier Cousin
publié dans :
Poèmes des uns
1
recommander
Rondeau
Je ne sçay comment je dure,
Car mon dolent cuer font d'yre
Et plaindre n'oze, ne dire
Ma doleureuse aventure,
Ma dolente vie obscure.
Riens, fors la mort ne desire ;
Je ne sçay comment je dure.
Et me fault, par couverture,
Chanter que mon cuer soupire
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieux sçait ce que j'endure.
Je ne sçay comment je dure.
Christine de Pisan (1364-1430)
Oeuvres (tome I, rondeau VII)
par Olivier Cousin
publié dans :
Poèmes des uns
1
recommander
Prière pour être sage
Ah ! ne me soyez plus, orgueil, d'aucun secours.
Cet hiver épuisant me laisse trop sincère
et j'ordonne avant tout une force sévère
à mon coeur fatigué d'inutiles détours.
Il ne me reste plus qu'un misérable amour
et le secret de l'Ange égaré sur la terre ;
mais écoute ! Je sais une route légère,
j'imite Dieu avec ce rire de velours...
Que ferais-je à présent de votre lourde vie ?
Montrez-moi le chemin des vagues endormies,
laissez-moi découvrir un rivage inconnu ;
et que m'agenouillant sur ces plages parfaites
par le bruit d'un poème et des eaux satisfaites
la grâce de la mer augmente ma vertu.
Odilon-Jean Périer (1901-1928)
Le Promeneur (choix de poèmes)
(éd. La Différence, 1989)
par Olivier Cousin
publié dans :
Poèmes des uns
1
recommander