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  • : Le blog d'Olivier Cousin
  • : POUR UNE ANTHOLOGIE VIVANTE. La poésie ne prend tout son sens que partagée. En proposant dans ce blog des poèmes que j'aime, je joue au passeur de poésie. Quelques-uns des miens s'affichent aussi...
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  • : 06/09/2007
Jeudi 31 janvier 2008

                    
               Petits mystères


Chut ! Oh ! ce soir, comme elle est près !
Vrai, je ne
 sais ce qu'elle pense,
Me ferait-elle des avances ?
Est-ce là le rayon qui fiance
Nos coeurs humains à son coeur frais ?

Par quels ennuis kilométriques
Mener ma silhouette encor,
Avant de prendre mon essor
Pour arrimer, veuf de tout corps,
A ses dortoirs madréporiques.

Mets de la Lune dans ton vin,
M'a dit sa moue cadenassée ;
Je ne bois que de l'eau glacée,
Et de sa seule panacée
Mes tissus qui stagnent ont faim.

Lune, consomme mon baptême,
Lave mes yeux de ton linceul ; 
Qu'aux hommes, je sois ton filleul ; 
Et pour nos compagnes, le seul
Qui les délivre d'elles-mêmes.

Lune, mise au ban du Progrès
Des populaces des Etoiles,
Volatilise-moi les moelles,
Que je t'arrive à pleines voiles,
Dolmen, Cyprès, Amen, au frais !


   Jules Laforgue (1860-1887)
   L'Imitation de Notre-Dame la Lune, 1885

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Mercredi 30 janvier 2008

               Poème froid

Le vent il coupe les noirs villages
la mer existe là carrée
à son emploi, qui exécute
l'indispensable mer
à mâcher l'inutile

le vent il vérifie
charpentier dans le haut
il cumule
dans ses charniers têtus

j'inscris
je suis de ce vent-là
je prends des chemins sans issue
vers le silence.

                                               19 septembre 1976


     Henri Droguet, Le Contre-dit
    Gallimard, 1982

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Samedi 26 janvier 2008

        Les revenants

 

 

Partis avec les draps

vaisselle sous les bras,

l’argenterie aussi,

quels voleurs, les esprits !

                  

Ils font peur aux petits

Ils reviennent la nuit

pour nous hanter sans honte

et demander des comptes !

 

Masqués ils nous affrontent

La peur des bambins monte :

ce ne sont plus des hommes

mais d’ignobles fantômes

 

Autant à Rouen qu’à Rome

nos nuits ils empoisonnent,

revenant sur la terre

jouer avec nos nerfs

 

En parlant à l’envers,

malaxant les paupières,

ils offrent leurs tourments

éternels aux vivants

                          O.C.

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes de l'autre (les miens) communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 23 janvier 2008
Er zijn dingen, die alleen het oppervlak beroeren,
daaronder blijft de ziel gelijk en blinkt,
zoals een vijver waarop blaadren varen,
of als een kinderoog onder verwaaide haren.
Men zingt en luistert hoe het klinkt.

Maar er zijn soorten van verdriet,
die iets verandren aan het lied.
Men wordt bespannen met heel andre snaren
en wie het niet ervoer, die weet het niet.

O kindje met je zachte witte vingren
en met de blauwe aadren aan je kleine slaap,
die zich als heilige rivieren slingren.
Slaap mijn kindje, slaap.


   Maria Vasalis (1909-1998)
   Vergezichten en gezichten (Vues et visages) 
   éd. Van Oorschot, 1954


traduit ci-dessous du néerlandais par Paul Gellings :


Il y a des choses qui n'effleurent que la surface,
là-dessous notre âme reste identique et brille,
comme un étang où flottent des feuilles,
ou un regard d'enfant sous des cheveux ébouriffés.
On chante et on s'écoute chanter.

Mais il se chante aussi des sortes de chagrins
qui laissent entendre quelque chose de fin.
D'autres cordes en vous se tendent alors
et qui n'a pas connu un tel chagrin l'ignore.

Ô ce berceau où je vois tes pâles et douces mains
et tes veines bleuâtres qui parcourent agiles
comme des rivières saintes tes tempes immobiles.
Dors mon petit enfant, dors bien.



par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 20 janvier 2008


 

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A la maison, 19 janv. 2008

par Olivier Cousin publié dans : Photos communauté : L'âme du poète
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Samedi 19 janvier 2008

Enseigne rouillée
tordue de douleur
le vent s'invite au café


   Jacques Poullaouec, Haïku des quatre éléments
   (La part commune, 2006)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 12 janvier 2008
                La corde

                                               A Ugné Karvelis
                                               et Julio Cortazar.

A Paris j'ai vu une fois
Un grand dortoir avec un seul lit : 
C'était une corde tendue dans la pièce
Une grosse veine dans le corps
De la solitude moderne
Chaque nuit des hommes errants
Y appuyaient leurs mauvais rêves
Et au matin pour les réveiller
Une main tendre détachait la corde.
C'était une corde avec un C majuscule
Comme celle qui traverse ma vie
Et où chaque soir je suspends
Les dieux vagabonds de mon enfance.


    René Depestre, Poète à Cuba, 1976, P.J. Oswald

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Dimanche 6 janvier 2008
     Les quatre âges de la femme

Philis plus avare que tendre,
Ne gagnant rien à refuser,
Un jour exigea de Lisandre
Trente moutons pour un baiser.

Le lendemain, nouvelle affaire,
Pour le berger le troc fut bon,
Il exigea de la bergère
Trente baisers pour un mouton.

Un autre jour Philis plus tendre,
Craignant de déplaire au berger,
Fut trop heureuse de lui rendre
Tous les moutons pour un baiser.

Le lendemain Philis peu sage,
Aurait donné moutons et chien,
Pour un baiser que ce volage
A Lisette donnait pour rien.


   Jean-Baptiste Willart de Grécourt 
   (1683-1743), in Oeuvres, 4 vol.,1764




par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 4 janvier 2008
         Au milieu de l'hiver

Une lumière blême
jaillit de mes habits.
Solstice d'hiver.
Des tambourins de glace cliquetante.
Je ferme les yeux.
Il y a un monde muet
il y a une fissure
où les morts passent la frontière
en cachette.


   Tomas TranströmerFuneste gondole
   in Baltiques, Oeuvres complètes 1954-2004
   traduit du suédois par Jacques Outin (Le Castor Astral, 2004)


par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Mardi 1 janvier 2008

Maintenant je pardonne à la doulce fureur,
Qui m'a fait consumer le meilleur de mon aage,
Sans tirer autre fruict de mon ingrat ouvrage,
Que le vain passetemps d'une si longue erreur.

Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur,
Puis que seul il endort le soucy qui m'oultrage,
Et puis que seul il fait qu'au milieu de l'orage,
Ainsi qu'auparavant je ne tremble de peur.

Si les vers ont esté l'abus de ma jeunesse,
Les vers seront aussi l'appuy de ma vieillesse,
S'ils furent ma folie, ils seront ma raison,

S'ils furent ma blesseure, ils seront mon Achille,
S'ils furent mon venim, le scorpion utile,
Qui sera de mon mal la seule guerison.


   Joachim Du Bellay (1522-1560)
   Regrets, XIII (1558)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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