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  • : Le blog d'Olivier Cousin
  • : POUR UNE ANTHOLOGIE VIVANTE. La poésie ne prend tout son sens que partagée. En proposant dans ce blog des poèmes que j'aime, je joue au passeur de poésie. Quelques-uns des miens s'affichent aussi...
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  • : 06/09/2007
Vendredi 29 février 2008

                 L'étranger


Je ne suis qu'apparemment ici.
Loin de ces jours que je vous ai donnés,
Est projetée ma vie.

Malhabile conquérant par mes cris gouverné,
Où vous m'apercevez je ne suis qu'un étranger.
Gestes d'amour partout éparpillés,
Je me faye une voie isolée, désertée.

D'une science à l'autre j'ai pris terrier,
Lièvre apeuré sentant sur lui braqué
Le fusil savant et sûr de la destinée.

Aucune terreur ne m'a manqué.


   Armand Robin (1912-1961)
   Le Monde d'une voix, 1968

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Mercredi 27 février 2008

 

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Brest, Rue Duquesne, ce matin

par Olivier Cousin publié dans : Photos communauté : Poésie 21
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Mardi 26 février 2008
       Ballade en l'honneur des poètes falots

                                                  Falot ! Falot !
                                                                 Jules Laforgue

Zut pour Homais ! Pour l'abdomen
de Prud'homme, l'affreux macaque,
pour le bedeau qui dit : "Amen !"
Pour le Chinois, pour le Valaque !
Plus que l'Ethique à Nicomaque
j'aime la chanson des grelots :
doux Cassandre, Pierrot te claque !
Vivent les Poètes falots !

Corbière, au pays du dolmen
et du hareng qu'on met en caque,
sut cueillir plus d'un cyclamen ;
Cros est un alexipharmaque
propre à dissiper les comas que
portent les veules symbolos.
Maldoror fut un brucolaque !
Vivent les Poètes falots !

Lunologue (bizarre hymen !)
Laforgue voulut pour momacque
la lune : dulce solamen !
La nuit, sur un divan de laque,
il dénouait, élégiaque,
la ceinture de fins halos,
Baalet pâle Syriaque !
Vivent les Poètes flots !

               ENVOI
Maîtres, le courtier qui micmaque,
offant titre ou valeurs à lots
brait, parlant de vous : "C'est un braque !"
Vivent les poètes falots !


    Georges Fourest (1864-1945)
    La Négresse blonde, 1909

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 23 février 2008
                       Lumière

Il avait fini par lui dire qu'il s'en allait :
il n'avait plus d'allumettes,
et comme elle
n'avait toujours pas trouvé la bougie
qu'il aurait aimé lui allumer,
il était clair qu'il ne reviendrait pas.

Elle n'y comprenait rien, à cette histoire
de bougie. Elle rêvait d'un sauveur,
d'un magicien, elle rêvait d'un électricien.

Ainsi passent les jours, avec lumière
- et parfois sans.


   Francis Dannemark, Une fraction d'éternité
   Le Castor Astral, 2005

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 20 février 2008

Que j'aime ces forêts ! Que j'y vis doucement !
Qu'en un siècle troublé j'y dors en assurance !
Qu'au déclin de mes ans j'y rêve heureusement,
Et que j'y fais des vers qui plairont à la France !

Depuis que le village est toutes mes amours,
Je remplis mon papier de tant de belles choses,
Qu'on verra les savants après mes derniers jours
Honorer mon tombeau de larmes et de roses.

Ils diront qu'Apollon m'a souvent visité,
Et que pour ce désert les muses ont quitté
Les fleurs de leur montagne, et l'argent de leur onde ;

Et diront qu'éloigné de la pompe des Rois,
Je voulus me cacher sous l'ombrage des bois
Pour montrer mon esprit à tous les yeux du Monde.

   François Maynard (1582-1646)
   Les Oeuvres de Maynard, 1646


par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Dimanche 17 février 2008
          L'espèce humaine

L'espèce humaine m'a donné
le droit d'être mortel
le devoir d'être civilisé
la conscience humaine
deux yeux qui d'ailleurs ne fonctionnent pas très bien
le nez au milieu du visage
deux pieds deux mains
le langage
l'espèce humaine m'a donné
mon père et ma mère
peut-être des frères on ne sait
des cousins à pelletées
et des arrière-grands-pères
l'espèce humaine m'a donné
ses trois facultés
le sentiment l'intelligence et la volonté
chaque chose de façon modérée
l'espèce humaine m'a donné
trente-deux dents un coeur un foie
d'autres viscères et dix doigts
l'espèce humaine m'a donné
de quoi se dire satisfait


   Raymond Queneau (1903-1976)
   L'Instant fatal, 1948

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 12 février 2008

On voit les chiens   

On voit les chiens tirant leurs maîtres vers mourir
suivant les voies imprévisibles de l'odeur
ou les freinant - selon - pour obéir
aux manigances incalculables du regret

Nous marchons retournés comme chez Dante les pleureurs
mais au lieu d'arroser nos fesses avec nos larmes
c'est nos chiens nous qu'on trempe de repentirs
pendant que les clébards eux compissent le chemin
où notre temps se ralentit se précipite


   Ludovic Janvier, La Mer à boire
   Gallimard, 1987

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Samedi 9 février 2008
                   Rêve blanc

Départ demain pour Arkhangelsk
sans collision ni tâtonnements
Je saurai éviter le bois flotté
pour atteindre le port de l'archange blanc
Une belle blonde m'y attend
Pour briser la glace
une bière blanche au soleil de la nuit
Le poète cherche son âme dans chaque port
sa forme, une étoile à sept branches

J'ai le mal de mer
mes roubles n'ont plus cours aujourd'hui
je suis marié
mes illusions poétiques ne valent pas un kopeck
Arkhangelsk m'attendra


     O.C. dans Cent voyages au court cours

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes de l'autre (les miens) communauté : L'âme du poète
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Lundi 4 février 2008
      La Colombe de l'Arche

Maudit
soit le père de l'épouse
du forgeron qui forgea le fer de la cognée
avec laquelle le bûcheron abattit le chêne
dans lequel on sculpta le lit
où fut engendré l'arrière grand-père
de l'homme qui conduisit la voiture
dans laquelle ta mère
rencontra ton père !

                                  (14 novembre 1923)


   Robert Desnos (1900-1945)
   "Langage cuit" dans Corps et biens (1930)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Samedi 2 février 2008

        
        Epoque perpétuelle


Inscriptions cunéiformes,
Vous conteniez la vérité ;
On se promenait sous des ormes,
En riant aux parfums d'été ;

Sardanapale avait d'énormes
Richesses, un peuple dompté,
Des femmes aux plus belles formes,
Et son empire est emporté !

Emporté par le vent vulgaire
Qu'amenaient pourvoyeurs, marchands,
Pour trouver de l'or à la guerre.

La gloire en or ne dure guère ;
Le poète sème des chants
Qui renaîtront toujours sur terre.


      Charles Cros (1842-1888)
      Le Collier de griffes, 1908

 

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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