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Présentation

  • : Le blog d'Olivier Cousin
  • : POUR UNE ANTHOLOGIE VIVANTE. La poésie ne prend tout son sens que partagée. En proposant dans ce blog des poèmes que j'aime, je joue au passeur de poésie. Quelques-uns des miens s'affichent aussi...
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  • : 06/09/2007
Lundi 31 mars 2008

                 Prière pour être sage

Ah ! ne me soyez plus, orgueil, d'aucun secours.
Cet hiver épuisant me laisse trop sincère
et j'ordonne avant tout une force sévère
à mon coeur fatigué d'inutiles détours.

Il ne me reste plus qu'un misérable amour
et le secret de l'Ange égaré sur la terre ;
mais écoute ! Je sais une route légère,
j'imite Dieu avec ce rire de velours...

Que ferais-je à présent de votre lourde vie ?
Montrez-moi le chemin des vagues endormies,
laissez-moi découvrir un rivage inconnu ;

et que m'agenouillant sur ces plages parfaites
par le bruit d'un poème et des eaux satisfaites
la grâce de la mer augmente ma vertu.


   Odilon-Jean Périer (1901-1928)
   Le Promeneur (choix de poèmes)
   (éd. La Différence, 1989)


par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Vendredi 28 mars 2008


Un grêlon meurt sur ma chaussure

les primevères dans l'herbe sèche
tranchent la tête des nuages

mille oiseaux crèvent les buissons
les haies dont la couronne est l'aube

les petits gibets du printemps.


   Patrick Reumaux, Repérages du vif
   (Gallimard, 1979)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : SOIF DE LIRE...
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Mercredi 26 mars 2008

Chemin des hommes

Près du chemin de halage
Une trace noire

La blessure
Où tremble le vent
Sur l'ocelle d'un plumage

C'est un sang d'oiseau
Le soir

Le crépuscule s'abat
A l'heure où la solitude
Ternit
Un oiseau déchu

Sous des harnais d'ombres
Le vieil oiseau de mes rêves
S'est éteint

Il pleut
Et l'hiver s'enlise ici
Un soir
Sur les traces de halage

On saigne
Dans l'ornière des mensonges


   Jean-Pierre Boulic,
L'Instant si fragile
   (Le Nouvel Athanor, 2005)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 23 mars 2008

 

Ostentation assassine
vieux poème que tu traînes
alimentes
depuis l'enfance aux yeux de crapauds
déligote-le
jamais tu ne seras maîtresse de l'oeuvre
n'enclos plus les mots
laisse-les détaler
en lieux et places
sale ta vie de silence et d'oubli.


   Guénane, Couleur femme
   (Rougerie, 2007)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 21 mars 2008

Pour la Saint-Benoît le coucou chante


Et mon coeur déchante

Ton joli minois
M'obsède et me hante
M'écrase et me broie

Ta nef en émoi
Aux voiles battantes
M'aborde et me noie

Mais le coucou chante
A la Saint-Benoît
Le printemps est là


Rennes - 21 mars 1987 - Printemps Saint-Benoît

 
   René Cloitre, Jardins lutins, jardins câlins
   (chez l'auteur, 1990)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Amies de la Poésies
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Jeudi 20 mars 2008

 

il y avait des recoins de mystère

il y avait dans cet appartement

beaucoup de choses entassées par terre

qu'on n'avait plus touchées depuis longtemps

il y avait tout un pourrissement

de vêtements de livres de sottises

qu'on redécouvrait un jour par surprise

et qui rendaient vie à tout un passé

pourquoi fallut-il que l'on me déprive

si méchamment de cet antre insensé ?

                                                                      

                            Paris, samedi 20 mars 2004

                  en pensant à mon ancien appartement

 

   William Cliff, Le Pain quotidien

   La Table Ronde, 2006

 

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Dimanche 16 mars 2008


Je ne me demande pas


Je ne me demande pas

Si je suis vivant dans ce vent
Je respire et le souffle
Qui était le mien va au vent
D'où il venait dans le nouveau souffle
Qui est le mien et le sera
Dans le même vent
Jusqu'à ma mort

Je ne me demande pas
Si je pèse ou ne pèse pas
Au chemin d'air
Je ne questionne personne
Surtout pas moi
Je déteste penser et répondre

Ce matin il n'y a ni demande
                             ni réponse
Inscris-le mon âme sur le Tout
Et sur le rien
Où tu vas et d'où tu viens
Inscris-le en lettres d'air sur l'air et rien


   Jacques Chessex, Le désir de la neige
   Grasset, 2002

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Jeudi 13 mars 2008

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Sombrer avec ridicule

Au bord de nos rivages
l'avidité fit couler à pic
bien des embarcations
la vénalité fit sombrer
plus d'un fier bateau
pour qui la chasse fabuleuse
s'est achevée au fond de l'eau

Le sculpteur lui le sait
le trésor est dans la pierre


    O.C. (poème) et Jean-Pierre Blaise (estampe)
    Rêves de pierre, 2007
  (24 estampes et 29 poèmes dans un coffret de bois sablé, livre d'artistes à 12 ex.)


par Olivier Cousin publié dans : Poèmes de l'autre (les miens) communauté : Poésie 21
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Mardi 11 mars 2008

                   Stances

Que l'homme est bien, durant sa vie, 
Un parfait miroir de douleurs,

Dès qu'il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.

Dans l'enfance toujours des pleurs,
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes couleurs,
Des châtiments de toute espèce.

L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse,
Le tourmentent comme un forçat.

Dans l'âge mûr, autre combat.
L'ambition le sollicite.
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l'agite.

Vieux, on le méprise, on l'évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.

Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt enfin, peu regretté.
C'était bien la peine de naître !


   Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741)
   Odes, épigrammes et poésies diverses, 1723

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 7 mars 2008
                       L'ogre et la fée

Un brave ogre des bois, natif de Moscovie,
Etait fort amoureux d'une fée, et l'envie
Qu'il avait d'épouser cette dame s'accrut
Au point de rendre fou ce pauvre coeur tout brut ;
L'Ogre, un beau jour d'hiver, peigne sa peau velue,
Se présente au palais de la fée, et salue,
Et s'annonce à l'huissier comme prince Ogrousky.
La fée avait un fils, on ne sait pas de qui.

Elle était, ce jour-là, sortie, et quant au mioche,
Bel enfant blond nourri de crème et de brioche,
Don fait par quelque Ulysse à cette Calypso,
Il était sous la porte et jouait du cerceau.
On laissa l'ogre et lui tout seuls dans l'antichambre.
Comment passer le temps quand il neige, en décembre,
Et quand on n'a personne avec qui dire un mot ?
L'ogre se mit alors à croquer le marmot.
C'est très simple. Pourtant c'est aller un peu vite,
Même lorsqu'on est ogre et qu'on est moscovite,
Que de gober ainsi les mioches du prochain.
Le bâillement d'un ogre est frère de la faim.
Quand la dame rentra, plus d'enfant ; on s'informe.
La fée avise l'ogre avec sa bouche énorme :
- As-tu vu, cria-t-elle, un bel enfant que j'ai ?
Le bon ogre naïf lui dit : je l'ai mangé.

Or c'était maladroit. Vous qui cherchez à plaire,
Ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère.


   Victor Hugo (1802-1885)
   Toute la lyre, 1888

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Gros plan sur la poésie
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