Prière pour être sage
Ah ! ne me soyez plus, orgueil, d'aucun secours.
Cet hiver épuisant me laisse trop sincère
et j'ordonne avant tout une force sévère
à mon coeur fatigué d'inutiles détours.
Il ne me reste plus qu'un misérable amour
et le secret de l'Ange égaré sur la terre ;
mais écoute ! Je sais une route légère,
j'imite Dieu avec ce rire de velours...
Que ferais-je à présent de votre lourde vie ?
Montrez-moi le chemin des vagues endormies,
laissez-moi découvrir un rivage inconnu ;
et que m'agenouillant sur ces plages parfaites
par le bruit d'un poème et des eaux satisfaites
la grâce de la mer augmente ma vertu.
Odilon-Jean Périer (1901-1928)
Le Promeneur (choix de poèmes)
(éd. La Différence, 1989)
par Olivier Cousin
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Poèmes des uns
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Un grêlon meurt sur ma chaussure
les primevères dans l'herbe sèche
tranchent la tête des nuages
mille oiseaux crèvent les buissons
les haies dont la couronne est l'aube
les petits gibets du printemps.
Patrick Reumaux, Repérages du vif
(Gallimard, 1979)
par Olivier Cousin
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Chemin des hommes
Près du chemin de halage
Une trace noire
La blessure
Où tremble le vent
Sur l'ocelle d'un plumage
C'est un sang d'oiseau
Le soir
Le crépuscule s'abat
A l'heure où la solitude
Ternit
Un oiseau déchu
Sous des harnais d'ombres
Le vieil oiseau de mes rêves
S'est éteint
Il pleut
Et l'hiver s'enlise ici
Un soir
Sur les traces de halage
On saigne
Dans l'ornière des mensonges
Jean-Pierre Boulic, L'Instant si fragile
(Le
Nouvel Athanor, 2005)
par Olivier Cousin
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Ostentation assassine
vieux poème que tu traînes
alimentes
depuis l'enfance aux yeux de crapauds
déligote-le
jamais tu ne seras maîtresse de l'oeuvre
n'enclos plus les mots
laisse-les détaler
en lieux et places
sale ta vie de silence et d'oubli.
Guénane, Couleur femme
(Rougerie, 2007)
par Olivier Cousin
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Pour la Saint-Benoît le coucou chante
Et mon coeur déchante
Ton joli minois
M'obsède et me hante
M'écrase et me broie
Ta nef en émoi
Aux voiles battantes
M'aborde et me noie
Mais le coucou chante
A la Saint-Benoît
Le printemps est là
Rennes - 21 mars 1987 - Printemps Saint-Benoît
René Cloitre, Jardins lutins, jardins câlins
(chez l'auteur, 1990)
par Olivier Cousin
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il y avait des recoins de mystère
il y avait dans cet appartement
beaucoup de choses entassées par terre
qu'on n'avait plus touchées depuis longtemps
il y avait tout un pourrissement
de vêtements de livres de sottises
qu'on redécouvrait un jour par surprise
et qui rendaient vie à tout un passé
pourquoi fallut-il que l'on me déprive
si méchamment de cet antre insensé ?
Paris,
samedi 20 mars 2004
en pensant à mon ancien
appartement
William Cliff, Le Pain quotidien
La Table Ronde, 2006
par Olivier Cousin
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Je ne me demande pas
Je ne me demande pas
Si je suis vivant dans ce vent
Je respire et le souffle
Qui était le mien va au vent
D'où il venait dans le nouveau souffle
Qui est le mien et le sera
Dans le même vent
Jusqu'à ma mort
Je ne me demande pas
Si je pèse ou ne pèse pas
Au chemin d'air
Je ne questionne personne
Surtout pas moi
Je déteste penser et répondre
Ce matin il n'y a ni demande
ni réponse
Inscris-le mon âme sur le Tout
Et sur le rien
Où tu vas et d'où tu viens
Inscris-le en lettres d'air sur l'air et rien
Jacques Chessex, Le désir de la neige
Grasset, 2002
par Olivier Cousin
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Stances
Que l'homme est bien, durant sa vie,
Un parfait miroir de douleurs,
Dès qu'il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.
Dans l'enfance toujours des pleurs,
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes couleurs,
Des châtiments de toute espèce.
L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse,
Le tourmentent comme un forçat.
Dans l'âge mûr, autre combat.
L'ambition le sollicite.
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l'agite.
Vieux, on le méprise, on l'évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.
Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt enfin, peu regretté.
C'était bien la peine de naître !
Jean-Baptiste Rousseau (1671-1741)
Odes, épigrammes et poésies diverses, 1723
par Olivier Cousin
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