La nuit des temps
Nudae etiam mulieres circa idem
tempus nihil loquentes cucurrerunt.
De la nuit des temps,
De la nuit des âges,
D'étranges visages
Montent, se pressant.
Masques déroutants,
Visages sans âge,
De tant de naufrages
Pâles survivants !
Dans leurs yeux de songe,
Au regard blessé
Que la nuit prolonge,
Je vois repasser
En ronde éperdue
Mes amours perdues.
14 janvier 1956
Alfred Rosset (1902-?)
Poèmes circonflexes, 1957
(éditions du Cerf-volant)
par Olivier Cousin
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25 avril
Voici l'aube que j'ai tant attendue
Le jour initial entier et pur
Où nous émergeons de la nuit et du silence
Et libres nous habitons la substance du temps
Sophia de Mello Breyner Andresen (1919-2004)
traduction de Joaquim Vital
in Anthologie de la poésie portugaise contemporaine
(Gallimard, 2003)
par Olivier Cousin
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Toi soleil coureur essoufflé
couché bouche à bouche sur les eaux
sur la mer ouverte à tous vents
la barque de nos mains dérive
or fumé, brûlé des visages
dans la pénombre des années
gardant au-dedans ses lueurs -
musique
nos doigts raclent
des cordes invisibles
dans la lumière dissoute
chaude étoffe arrachée
à l'hiver -
Lorand
Gaspar
Patmos et autres poèmes
(Gallimard, 2001)
par Olivier Cousin
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La
sécurité
Les craquements des meubles ne pouvant
suffire à l'occuper le long du temps
(car depuis toujours il attend
ce qui ne doit jamais paraître)
il s'assit près de la fenêtre
comme un homme qui veut méditer
et, sans objet, commença de compter.
Mais en entrant dans le nombre un million
huit cent soixante-quatre mille,
il s'arrêta et, poussant un soupir profond,
contempla les toits de la ville.
Jean Tardieu (1903-1995)
Accents, 1939
par Olivier Cousin
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Rondeau
Je ne sçay comment je dure,
Car mon dolent cuer font d'yre
Et plaindre n'oze, ne dire
Ma doleureuse aventure,
Ma dolente vie obscure.
Riens, fors la mort ne desire ;
Je ne sçay comment je dure.
Et me fault, par couverture,
Chanter que mon cuer soupire
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieux sçait ce que j'endure.
Je ne sçay comment je dure.
Christine de Pisan (1364-1430)
Oeuvres (tome I, rondeau VII)
par Olivier Cousin
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