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  • : Le blog d'Olivier Cousin
  • : POUR UNE ANTHOLOGIE VIVANTE. La poésie ne prend tout son sens que partagée. En proposant dans ce blog des poèmes que j'aime, je joue au passeur de poésie. Quelques-uns des miens s'affichent aussi...
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  • : 06/09/2007
Mardi 23 octobre 2007

                      Ode

Un corbeau devant moi croasse,
Une ombre offusque mes regards,
Deux belettes et deux renards
Traversent l'endroit où je passe,
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquais tombe du haut mal,
J'entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moi,
J'ois charon qui m'appelle à soi,
Je vois le centre de la terre.

Ce ruisseau remonte en sa source,
Un boeuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s'accouple d'une ourse,
Sur le haut d'une vieille tour
Un serpent déchire un vautour,
Le feu brûle dedans la glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je vois la Lune qui va choir,
Cet arbre est sorti de sa place.


   Théophile de Viau (1590-1626)
   Oeuvres poétiques, Première partie, XLIX (1621)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Dimanche 21 octobre 2007


Tous les jours
avant de partir au travail,
je surprends mon voisin
sur les collines de son jardin,
sourire à son bourgeonnement,
à ses senteurs et teintes matinales,
un peu comme
s'il voulait un poème
pour accompagner sa journée.

Le soir, revenu de l'envers du monde
il lui confesse :
"A tes côtés je me lave
du poids de mes silences."



   Jean-Albert Guénégan, Trois espaces de liberté
   (recueil à paraître)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Samedi 20 octobre 2007

          Le flâneur


Flâner sur un chemin
Sans connaître le bout,
Etre en quête de rien
Mais à l'affût de tout.

Et dans chaque seconde
Etre encore étonné,
Par la beauté du monde
Et s'en émerveiller.

Savoir prendre le temps
D'écouter l'hirondelle,
Chanter l'avènement
De la sève nouvelle.

S'enivrer de senteurs
Au parfum de l'ondée,
S'extasier d'une odeur
De fougère mouillée.

Décrocher sur la lande
En maquis dans l'été,
Une mûre en offrande 
Et puis la célébrer.

Regarder l'écureuil
Parachute en torchon,
Dans la rousseur des feuilles
Comme un caméléon.

Et ne pas oublier
De remercier l'hiver,
Pour l'arbre chandelier
Il est souffleur de verre.


   Jacques Prémel-Cabic 
   in An Amzer Poésies n°31 (nov. 2002)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Jeudi 18 octobre 2007
         
             les chemins


Les chemins
se rencontrent
se reniflent
se tutoient
se racontent
s'apprivoisent
s'éloignent
se recherchent
se retrouvent
aux carrefours des doigts



   Alain Le Beuze,
Les Racines du vent
   (Folle Avoine, 1982)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Dimanche 14 octobre 2007


Invisible entre les prunelles
j'ai saisi le ciel par les pouces
et l'ai lié aux centaurées
comme des yeux en rang sur la rive.

Un soleil froid musclait
les jambes des courants,

J'étais le loriot du pays
l'or du soir fondait dans mon coeur.



   Patrick Reumaux, Repérages du vif
   (Gallimard, 1979)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns
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Samedi 13 octobre 2007
             
                   Rugby


Mêlée
soudain démêlée :
le demi d'ouverture trouve une touche
le long de l'espoir
là-bas, au bout du souffle.

En cette après-midi de ténacité
qui va bientôt marquer l'essai du soir
trente corps écrivent
le bel évangile de l'effort.



   Michel Monnereau dans Luttes et Luths
   200 poèmes indédits sur le sport réunis 
   par Jacques Charpentreau (Hachette, 1992)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns
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Jeudi 11 octobre 2007


              Toits ouvrants

                                          A Tomas Tranströmer


Douze toits à la patine fatiguée
ont osé me faire de l'oeil ce matin
Rien qui les aient obligé à relever
haut les rabats de tant de menus destins

Qui aurait le fier toupet de dédaigner
la belle simplicité de cette invite ?
Non qu'il devienne vital de se couper
de nouvelles tranches de vie en faillite

Mais il est tentant dans l'aube sans nuage
de protéger ses yeux du soleil qui cogne
Je me plonge dans ces antres sans vergogne
Les toits jubilent, mon coeur est du voyage


  O.C. dans Cent voyages au court cours
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes de l'autre (les miens)
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Lundi 8 octobre 2007


Je suis le sévère octobre.
Je laisse, le long du mur,
choir, un à un, les fruits mûrs
comme fait la saison sobre
qui conserve dans son coeur
le goût des quatre liqueurs.

Les fruits que je donne sonnent
loin de moi.      Je loge au fond
d'une caverne où personne
à personne ne répond.
Je règne sur l'assemblée
de tous ceux qui, n'étant pas,
foulent à l'amble l'allée
où l'égalitaire pas
de ce qui vit sur la terre
s'épouse et ne se voit pas.


    Roger Bodart (1910-1973), 
    "Le pic",  Le Tour  (Seghers, 1968)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns
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Dimanche 7 octobre 2007



la fille la mienne je veux dire
          l'enfant de ma chair la part
féminine de moi-même incarnée danse
sur le parquet "papa regarde" les tours
          complets sur un pied ses nattes
volent d'un bout à l'autre de la pièce elle habite
mes yeux, exclusivement.



   Thierry Le Pennec, Un pays très près du ciel
   (L'idée bleue, 2005)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns
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Jeudi 4 octobre 2007
                   Instead of a Journey


Turn like a top ; spin on your dusty axis
Till the bright metal shines again, your head
Hums and the earth accelerates,
Dizzy you drop
Into this easy chair you drowse in daily.
Sit there and watch the walls assume their meaning,
The Chinese plate assert its blue design,
The room renew itself as you grow still.
Then, after your flight and fall, walk to the garden
Or at the open window taste retrun : 
Weather and season, clouds at your vision's rim,
Love's whims, love's habitation, and the heart
By one slow wheel worn down, whetted to gladness.


   Michael Hamburger (1924-2007),

   Collected Poems 1941-1994 (Anvil Press, 1995)
par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns
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