Vendredi 30 novembre 2007
Maison à vendre
Tant de gens ont vécu là, qui aimaient
l'amour, le réveil et enlever la poussière.
Le puits est sans fond et sans lune,
les anciens sont partis et n'ont rien emporté.
Bouffe le lierre sous le soleil d'hier,
reste la suie, leur marc de café.
Je m'attelle aux rêves éraillés.
J'aime la crasse de l'âme des autres,
mêlée à ces franges de grenat,
le suint des entreprises manquées.
Concierge, j'achète, j'achète la baraque.
Si elle m'empoisonne, je m'y flambe.
On ouvrira les fenêtres... Remets la plaque.
Un homme entre, il flaire, il recommence.
André Frénaud (1907-1993)
Les Rois mages, 1943, éd. Seghers
par Olivier Cousin
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Mercredi 28 novembre 2007
Les poètes nous aident à aimer.
Anatole France (1844-1924)
Le Jardin d'Epicure, 1894
par Olivier Cousin
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Autres propos
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Vendredi 23 novembre 2007
Kartennnoù-post
... Koantañ da gartenn-bost !
Bagoù 'n ur porzh er Portugal
Na koantañ kartenn all !
Ur c'hastell kozh e Bro-Skos
Ha houmañ 'ta gant he saout blevek :
Ur skeudenn gaer eus Enez Skye
Ha houmañ c'hlas ? Ha houmañ all ? Euskadi !
Brezhoneg yac'h war o c'heinoù.
Nann. N'on ket ankounac'haet ganto.
... Ha koulskoude, va Doue !
Dre ziouer a zivrec'h emañ va eost o koll
Dindan an amzer fall
Dindan an avel foll
... Ar yaouankizoù-se bagol
Dezho divrec'h nerzhus
Ha treidoù mibin holl
Pegeit o dije int lakaet
Da glozañ va eostig
Va danvez-bara sakr ? A-boan
Un devezhig...
22 a viz Eost 1965
Anjela Duval (1905-1981)
Quatre poires (éd. Mignoned Anjela, 2003)
choix de poèmes et traduction de Paol Keineg
Cartes postales
... Quelle belle carte postale !
Des bateaux dans un port au Portugal
Et une autre belle carte !
Un vieux château en Ecosse
Et celle-ci avec ses vaches chevelues :
Une belle photo de l'île de Skye
Et celle-ci, la beue ? Et celle-ci ? Euskadi !
Avec du bon breton au verso.
Non. On ne m'oublie pas.
... Et pourtant, mon Dieu !
Par manque de main-d'oeuvre ma moisson se perd
Sous le mauvais temps
Sous le vent fou
... Ces jeunes-là, robustes
Forts des bras
Lestes des jambes
Cela leur aurait pris combien de temps
Pour faire la petite moisson
Dont je tire mon pain sacré ? A peine
Une petite journée...
22 août 1965
par Olivier Cousin
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Mercredi 21 novembre 2007
L'Auberge
A
Jean Moréas
Murs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bord
Du grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne,
L'auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne.
Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passeport.
Ici l'on fume, ici l'on chante, ici l'on dort.
L'hôte est un vieux soldat, et l'hôtesse qui peigne
Et lave dix marmots roses et pleins de teigne
Parle d'amour, de joie et d'aise, et n'a pas tort !
La salle au noir plafond de poutres, aux images
Violentes, Maleck Adel et les Rois Mages,
Vous accueille d'un bon parfum de soupe aux choux.
Entendez-vous ? C'est la marmite qu'accompagne
L'horloge du tic tac allègre de son pouls.
Et la fenêtre s'ouvre au loin sur la campagne.
Paul Verlaine (1844-1896)
Jadis et naguère (1884)
par Olivier Cousin
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En Bretagne nul besoin de boussole
- autant cartographier à fond le coeur
qu'on aime ! - pour dénicher son ailleurs,
trouver lieux et échanges qui consolent
On se fout du nord, du sud cardinal,
des autres directions épiscopales
Les évêchés ne font qu'un sur ce sol,
péninsule pointant ses doigts au large
Les chapelets de granit qu'elle égrène
impriment au ciel une unique parole
O.C., "Blasons du Pays breton", I
dans Puiser aux mondes (L'étagère étanche, 2006)
Vendredi 16 novembre 2007
Pour délice
Jeune sable au ventre lisse
Que la mer lave sans cesse,
Souviens-toi que sa caresse
Fait signe au vent, son complice.
Il changera ta jeunesse
Et ta roseur en jaunisse.
Déjà ce frisson te plisse
La joue et sa danse blesse ;
Car ta nudité se glisse
Dans de mortelles caresses
Et les souffles qui te pressent
Ont le néant pour délice.
Norge (1898-1990)
Les Coq-à-l'âne (Gallimard, 1985)
par Olivier Cousin
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Dimanche 11 novembre 2007
c'est l'été de la Saint-Martin
quelle nouvelle ce matin ?
le soleil s'est levé sans moi
mes ans mes amours mes émois
j'étais étendu sous les draps
gris de l'exil et j'avais froid
songes tissés de feuilles mortes
épaules maigres qui grelottent
le soleil s'est levé sans moi
hiver prochain combien de mois
survivrai-je à mon vieux destin
c'est l'été de la Saint-Martin
mes ans mes amours mes émois
vous qui peuplez les arbres noirs
mornes dépouilles souvenirs
fantômes frileux mes vampires
c'est l'été de la Saint-Martin
de quel mal mon coeur est atteint
vaut-il la peine de l'écrire ?
d'heure en heure le mal empire
Jean-Claude Pirotte, La Vallée de Misère
(Le Temps qu'il fait, 1987)
par Olivier Cousin
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