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Présentation

  • : Le blog d'Olivier Cousin
  • : POUR UNE ANTHOLOGIE VIVANTE. La poésie ne prend tout son sens que partagée. En proposant dans ce blog des poèmes que j'aime, je joue au passeur de poésie. Quelques-uns des miens s'affichent aussi...
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  • : 06/09/2007
Vendredi 30 novembre 2007

                Maison à vendre


Tant de gens ont vécu là, qui aimaient
l'amour, le réveil et enlever la poussière.
Le puits est sans fond et sans lune,
les anciens sont partis et n'ont rien emporté.
Bouffe le lierre sous le soleil d'hier,
reste la suie, leur marc de café.
Je m'attelle aux rêves éraillés.
J'aime la crasse de l'âme des autres,
mêlée à ces franges de grenat,
le suint des entreprises manquées.
Concierge, j'achète, j'achète la baraque.
Si elle m'empoisonne, je m'y flambe.
On ouvrira les fenêtres... Remets la plaque.
Un homme entre, il flaire, il recommence.


   André Frénaud (1907-1993)
   Les Rois mages, 1943, éd. Seghers

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 28 novembre 2007

Les poètes nous aident à aimer.

   Anatole France (1844-1924)
   Le Jardin d'Epicure, 1894

par Olivier Cousin publié dans : Autres propos communauté : L'âme du poète
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Mardi 27 novembre 2007

                     Au ciel

O ciel, vétéran vêtu de défroques,
Après cinq mille ans tu nous sers encor,
Les nuages sont les trous de tes loques
Le grand soleil est ta médaille d'or !

Contemplant toujours les mondes baroques,
N'es-tu pas lassé du banal décor ?
O ciel, vétéran vêtu de défroques !
Après cinq mille ans tu nous sers encor,

Parfois là-haut tu dois rire de nous,
Qui gesticulons, poussons des cris rauques
Qui prions et nous traînons à genoux
Pour avoir la gloire ou d'autres breloques ?
O ciel, vétéran vêtu de défroques !


    Guillaume Apollinaire (1880-1918)
    Poèmes retrouvés (Gallimard, 1956)



par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Vendredi 23 novembre 2007

             Kartennnoù-post


  ... Koantañ da gartenn-bost !
  Bagoù 'n ur porzh er Portugal
  Na koantañ kartenn all !
  Ur c'hastell kozh e Bro-Skos
  Ha houmañ 'ta gant he saout blevek :
  Ur skeudenn gaer eus Enez Skye
  Ha houmañ c'hlas ? Ha houmañ all ? Euskadi !
  Brezhoneg yac'h war o c'heinoù.
  Nann. N'on ket ankounac'haet ganto.
  ... Ha koulskoude, va Doue !
Dre ziouer a zivrec'h emañ va eost o koll
           Dindan an amzer fall
           Dindan an avel foll
  ... Ar yaouankizoù-se bagol
           Dezho divrec'h nerzhus
           Ha treidoù mibin holl
  Pegeit o dije int lakaet
           Da glozañ va eostig
           Va danvez-bara sakr ? A-boan
                  Un devezhig...

22 a viz Eost 1965



   Anjela Duval (1905-1981)
   Quatre poires (éd. Mignoned Anjela, 2003)
   choix de poèmes et traduction de Paol  Keineg


              
                  Cartes postales

  ... Quelle belle carte postale !
  Des bateaux dans un port au Portugal
  Et une autre belle carte ! 
  Un vieux château en Ecosse
  Et celle-ci avec ses vaches chevelues :
  Une belle photo de l'île de Skye
  Et celle-ci, la beue ? Et celle-ci ? Euskadi ! 
  Avec du bon breton au verso.
  Non. On ne m'oublie pas.
  ... Et pourtant, mon Dieu ! 
Par manque de main-d'oeuvre ma moisson se perd
             Sous le mauvais temps
             Sous le vent fou
  ... Ces jeunes-là, robustes
             Forts des bras
             Lestes des jambes
  Cela leur aurait pris combien de temps
             Pour faire la petite moisson
             Dont je tire mon pain sacré ? A peine
                        Une petite journée...


22 août 1965

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 21 novembre 2007

 

                                    L'Auberge

                                                   A Jean Moréas

Murs blancs, toit rouge, c'est l'Auberge fraîche au bord
Du grand chemin poudreux où le pied brûle et saigne,
L'auberge gaie avec le Bonheur pour enseigne.
Vin bleu, pain tendre, et pas besoin de passeport.

Ici l'on fume, ici l'on chante, ici l'on dort.
L'hôte est un vieux soldat, et l'hôtesse qui peigne
Et lave dix marmots roses et pleins de teigne
Parle d'amour, de joie et d'aise, et n'a pas tort !

La salle au noir plafond de poutres, aux images
Violentes, Maleck Adel et les Rois Mages,
Vous accueille d'un bon parfum de soupe aux choux.

Entendez-vous ? C'est la marmite qu'accompagne
L'horloge du tic tac allègre de son pouls.
Et la fenêtre s'ouvre au loin sur la campagne.


    Paul Verlaine (1844-1896)
   Jadis et naguère (1884)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Lundi 19 novembre 2007

 

 IMG_8771.JPG


                                                      à Cork, 3 nov. 2007 

 

par Olivier Cousin publié dans : Photos communauté : L'âme du poète
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Samedi 17 novembre 2007



En Bretagne nul besoin de boussole
- autant cartographier à fond le coeur
qu'on aime ! - pour dénicher son ailleurs,
trouver lieux et échanges qui consolent
On se fout du nord, du sud cardinal,
des autres directions épiscopales
Les évêchés ne font qu'un sur ce sol,
péninsule pointant ses doigts au large
Les chapelets de granit qu'elle égrène
impriment au ciel une unique parole


   O.C., "Blasons du Pays breton", I 
   dans Puiser aux mondes (L'étagère étanche, 2006)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes de l'autre (les miens) communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 16 novembre 2007

 
              Pour délice  

Jeune sable au ventre lisse
Que la mer lave sans cesse,
Souviens-toi que sa caresse
Fait signe au vent, son complice.
Il changera ta jeunesse
Et ta roseur en jaunisse.
Déjà ce frisson te plisse
La joue et sa danse blesse ; 
Car ta nudité se glisse
Dans de mortelles caresses
Et les souffles qui te pressent
Ont le néant pour délice.


  Norge (1898-1990)
  Les Coq-à-l'âne (Gallimard, 1985)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'âme du poète
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Mardi 13 novembre 2007

             Le déserteur déguisé


Les demoiselles Quéméneur
ont une servante qui n'est pas comme les autres
Manier l'aiguille elle ne sait pas
mais scier les bûches mieux que personne
et raccommoder le toit d'ardoises

Les gendarmes disaient en entrant dans la maison :
"N'auriez-vous pas ici un artilleur
du nom de Pichavan ?
- Un artilleur nous ne l'avons pas
mais une fille de Pont-l'Abbé avec ses deux jupes de drap
- La fille de Pont-l'Abbé déshabillée sera
Il se nomme Jean et non Marie
- Allez voir dans le bois de chêne
Allez donc Messieurs les gendarmes
C'est là qu'il fait le bûcheron depuis ce matin l'artilleur."

Les demoiselles Quéméneur disaient en se signant : 
"Tant de fois dans les nuits d'orage
nous avons couché près de la bonne."


   Max Jacob (1876-1944)
   Poèmes de Morven le Gaëlique (1953)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 11 novembre 2007


c'est l'été de la Saint-Martin
quelle nouvelle ce matin ?
le soleil s'est levé sans moi
mes ans mes amours mes émois

j'étais étendu sous les draps
gris de l'exil et j'avais froid
songes tissés de feuilles mortes
épaules maigres qui grelottent

le soleil s'est levé sans moi
hiver prochain combien de mois
survivrai-je à mon vieux destin
c'est l'été de la Saint-Martin

mes ans mes amours mes émois
vous qui peuplez les arbres noirs
mornes dépouilles souvenirs
fantômes frileux mes vampires

c'est l'été de la Saint-Martin
de quel mal mon coeur est atteint
vaut-il la peine de l'écrire ?
d'heure en heure le mal empire


   Jean-Claude Pirotte, La Vallée de Misère
   (Le Temps qu'il fait, 1987)

par Olivier Cousin publié dans : Poèmes des uns communauté : Poésie contemporaine
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