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des uns et des autres, poèmes à découvrir
Maison isolée
A Günter Eich.
Quand je m'éveille
silence dans la maison
bruits d'oiseaux seuls
par la fenêtre
personne en vue.
Aucune route ne passe ici
dans le ciel aucun fil
aucun fil sous terre
tout ce qui vit
repose sous la hache.
Je fais chauffer de l'eau
coupe des tranches de pain
avec inquiétude tourne
le bouton rouge
du petit transistor.
"crise cubaine... lave blanc
plus blanc que le blanc...
prêt à répondre à l'agression... troisième degré...
that's the way I love you...
forte hausse sur les valeurs métallurgiques..."
Je ne prends pas la hache
ne fracasse pas le poste.
La voix de terreur m'apaise
qui me dit :
nous sommes encore en vie.
Silence dans la maison.
Comment fait-on pour tendre des pièges
et tailler une hache de silex
quand l'ultime lame
est mangée par la rouille ?
Hans Magnus Enzensberger (né en 1929)
Ecriture braille / Blindenschrift, 1964
(traduit par Roger Pillaudin, Gallimard, 1966)