retouche à l'ironie
devant les hommes noirs à grands cordons
les chars d'alexandrins aux roues de cuivre grondent
suit un vélo
Daniel Boulanger, De laine et soie
(Gallimard, 1997)
par Olivier Cousin
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Poèmes des uns
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Les saints d'autrefois
Les limaces attendaient
La venue du Sauveur
Au bord des talus sombres
Les brouettes d'amour
Etaient pleines de fruits
Que les oiseaux se disputaient jusqu'au noyau.
Au bas des pentes que la brume
Entoure d'un frais silence
O le mufle des vaches
Dans l'herbe humide de la nuit.
Patrick Reumaux, Ailleurs au monde
(Gallimard, 1968)
par Olivier Cousin
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Chanson
L'un meurt, qu'à sa fantaisie
Il ne s'avance à la cour ;
L'autre meurt de jalousie ;
Et moi je me meurs d'amour.
Prométhée est à la chaîne,
Et becqueté d'un vautour,
Il ne meurt de cette peine ;
Et moi je me meurs d'amour.
D'une plainte désolée.
Ainsi Tircis, l'autre jour,
Disait dans cette vallée :
"Et moi je me meurs d'amour."
Il fendait le coeur des marbres,
Et l'écho même à son tour
Faisait redire à ses arbres :
"Et moi je me meurs d'amour."
Vincent Voiture (1597-1648)
Chansons
par Olivier Cousin
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Eté
à Pierre Albert-Birot
La femme enceinte attendait sur le seuil
Dans l'air de la récolte.
Tant de bonté mûrissait
Dans les pommes et tant de force
Dans le bois de la porte et dans l'eau de la mare
Abandonnait la lutte.
La petite fille avait déjà
Ses beaux yeux pour plus tard,
Au pied du lit où furent les morts
Dans des draps blancs.
Cependant, l'épervier
N'interrogeait pas son destin.
Guillevic, Terraqué, 1945
par Olivier Cousin
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L'Histoire qui a tourné la page
L'Histoire qui a tourné la page
c'est la main de l'homme
C'était un mutant séparé de l'eau
que l'arbre n'arrivait plus à nourrir
Il croyait à l'errance
au mariage de l'acte et de la foi
Il se couchait sur les sillons de la nuit
et répandait sa semence d'aube
avant d'être homme, il fut femme
Il fut amoureux avant de parler
Avant de tuer
il s'excusait auprès de sa victime
Un jour
il découvrit l'écriture
et le goût immodéré des conquêtes
Abdellatif Laâbi
L'Etreinte du monde
(La Différence, 1993)
par Olivier Cousin
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The ocean gets depressed
under the rough clouds
that mask the empyrean
flaccid puddle undulating
moaning away
in cottonwool silence
it makes a strange noise
in angels' ears
threnody out of whack they perceive
more big silly
than moon frills
in the Milky Mess
the tooth-stumps of shadow
bite into the ass of the night
and we who only
have our teeth to cry
which benevolent ass
are we going to show them to
Alain Jégou,
il s'agit du poème mis en ligne hier
traduit en anglais par Eve Lerner
dans l'édition bilingue de
Cash suivi de Dérives et Ombres furtives
(L'Autre Rive, 6 rue de Kerolay 56100 Lorient)
par Olivier Cousin
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L'océan déprime
sous les nuages grossiers
qui lui masquent l'empyrée
flaque flasque ondulante
geignant à l'aveuglette
dans le silence ouaté
ça fait un bruit étrange
dans les esgourdes des anges
mélopée branque qu'ils perçoivent
plus que niquedouille
que des froufrous de lune
dans le boxon lacté
les chicots d'ombre
mordent dans le cul de la nuit
et nous qui n'avons
que nos dents pour pleurer
à quel cul bienveillant
pourrions-nous les montrer
Alain Jégou
Cash suivi de Dérives et Ombres
furtives
L'Autre Rive, 2007
par Olivier Cousin
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Tout a été dit cent fois
Tout a été dit cent fois
Et beaucoup mieux que par moi
Aussi quand j'écris des vers
C'est que ça m'amuse
C'est que ça m'amuse
C'est que ça m'amuse et je vous chie au nez.
Boris Vian (1920-1959)
Je voudrais pas crever (Pauvert, 1962)
par Olivier Cousin
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Discipliner le vent
dès que la mer vous regarde.
Chercher son aliment
est dans un geste.
Avec les os
démêler
avec les peurs
trahir
sans les vides
combler.
Olivier Hobé, à présent dans l'oeuf.
(L'atelier de Villemorge, 2000)
par Olivier Cousin
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Respire le soleil
qui glisse le long du mur
la couleur qui habille
la rose
le bruit d'abeille
qui porte le ciel
Mais n'oublie pas
que tu ne sais rien
du mur
de la rose
et du ciel.
Jean-Pierre Farines
Crayons de Soleil
(éditions BOF, 1997)
par Olivier Cousin
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